
12 septembre 2026
Laurence Pinzetta et Dominique Barbier
Balade contée, à deux voix – Etang de la Côte Manin (ENS) – Le Rivier (38)
Par Dominique Barbier
Récit poétique, et symbolique, sur la
Relation entre les Arcanes Majeurs du Tarot de Marseille et la nature
Le sentier des vingt-deux souffles
Au petit matin, d’un jour sans calendrier, un jeune adolescent quitta les murs de la ville. Il n’emportait ni carte, ni boussole, seulement un petit sac, un bâton de marche et la certitude étrange que la nature avait quelque chose à lui raconter.
A la lisière du bois, il croisa un homme vêtu de couleurs vives. Son regard pétillait comme l’eau d’une source.
- Je suis le Mat, dit celui-ci. Je marche sans posséder le chemin. Viens ! La terre est vaste et ne demande qu’à être parcourue.
Sans hésiter le jeune voyageur le suivit. Derrière eux, un chien aboyait, non pour les arrêter, mais pour leur rappeler que tout départ comporte une part d’instinct, de folie, de crainte et de joie.
Bientôt, ils arrivèrent près d’un vieux chêne. A son pied, se tenait un jeune homme silencieux, les mains posées sur une table en granit où reposaient une branche, une coupe d’eau, une pierre et une plume. - C’est le Bateleur, murmura le Mat. Il connait les forces simples : la sève, la rivière, le roc et le vent. Celui qui apprend à les regarder, découvre vite que, lui aussi, porte ces éléments en lui.
Un peu plus loin, à l’ombre des fougères géantes, une femme voilée lisait dans le murmure d’un ruisseau. C’était la Papesse. Elle enseignait aux voyageurs que les racines travaillent dans l’obscurité et que toutes les vérités ne se montrent pas au grand jour.
Puis, à une demi lieu de cet écrin rafraîchissant, ce fut l’Impératrice qui apparut dans un verger en fleurs. Elle avait le sourire généreux des saisons fertiles, des graines qui lèvent et des mots qui consolent.
Ils portèrent leur regard au-dessus des arbres et entrevirent une colline. Quand ils en atteignirent le sommet, l’Empereur souverain observait le paysage. Son manteau rouge rappelait la terre argileuse, son trône semblait taillé à même la montagne. - La nature donne une forme à toute chose dit-il. Les rives contiennent le fleuve, le tronc soutient les branches, les os portent le corps. La solidité n’est pas une prison lorsqu’elle protège la vie.
Sur le plateau herbeux, ils rejoignirent une petite clairière ronde et reconnurent le Pape. Il bénissait un cercle de jeunes pousses. Il ne parlait pas d’obéissance mais de transmission. - Regardez les arbres, expliqua-t-il. Les anciens abritent les jeunes, les feuilles tombées nourrissent les racines et la forêt conserve la mémoire de ce qui l’a précédée.
C’est à ce moment-là, à la croisée des chemins, que surgit l’Amoureux. Il hésitait entre deux sentiers, l’un descendait doucement vers une prairie dorée, l’autre montait âprement vers une lande battue par le vent. Au-dessus de lui, un oiseau tournoyait dans le ciel. - Choisir, lui dit ce dernier, ce n’est pas rejeter une moitié de soi-même. C’est écouter ce qui rend la vie plus juste, plus vivante, plus féconde, plus vraie.
Le Mat, toujours accompagné du jeune voyageur, reprit sa route car il voulait arriver avant la nuit. Au loin, il entendit le roulement d’un char. C’était le Chariot qui traversait un gué, tiré par deux chevaux aux forces contraires. L’un voulait galoper, l’autre voulait s’arrêter pour brouter. - Avancer ne signifie pas vaincre la nature, lança le conducteur en direction des voyageurs. C’est apprendre à guider ses élans sans les briser.
A l’apogée du Soleil, ils longèrent la rive d’un lac. Droite et imposante, la Justice se figea devant eux. Elle portait une balance. Dans l’un de ses plateaux reposait une graine, dans l’autre un fruit mûr.
- Chaque geste porte une conséquence, dit-elle. Qui épuise la terre appauvrit demain. Qui veille sur elle, un jour, recueille sa générosité.
Elle créa le silence et cristallisa leur regard.
Mais le soir approchait. Les voyageurs accélérèrent leur allure. Sur un sentier couvert d’aiguilles de pin, ils tombèrent inopinément sur l’Hermite. Une lanterne éclairait son chemin mais, juste assez, pour lui permettre de faire un pas de plus. - La forêt n’exige pas que tu voies tout, leur confia le très vieil homme. Elle te demande simplement d’être attentif. Ecoute l’empreinte du renard, le silence de la neige, la patience de la mousse.
Brusquement, une rafale de vent emporta les feuilles mortes. Une grande roue de bois apparut, poussée par le courant de la rivière. C’était La Roue de Fortune. Elle rappelait au voyageur les marées, les migrations, les récoltes et les saisons. - Rien ne demeure identique, clama la voix du vent. L’hiver n’est pas l’ennemi de l’été. Il est son repos et sa promesse.
Alors que le jour déclinait de minute en minute, et que l’ombre s’étendait sur la forêt proche, les voyageurs se retrouvèrent face à un lion. Ils n’eurent pas peur car une femme qui, elle, la maîtrisait, avait posé calmement sa main sur sa crinière : c’était la Force. Elle ne dominait pas d’animal, elle l’apaisait. Elle se tourna vers les voyageurs : - La vraie puissance ne détruit pas ce qui est sauvage. Elle lui donne une place, une direction, une dignité.
Puis, le sombre sentier se resserra jusqu’à devenir presque invisible. Le Pendu était suspendu à une branche, la tête vers le sol, contemplant sereinement le monde à l’envers. Le Mat tressailli : - Le Pendu lui sourit : Regarde autrement. L’arbre ne pousse pas seulement vers le ciel. Il grandit aussi vers la profondeur. Parfois, s’arrêter est la seule façon de comprendre.
D’une façon surprenante, le paysage changea. Une feuille sèche tomba, suivie d’une autre, d’une autre encore quand, brusquement, un saisissant tourbillon de feuilles jaunies les enveloppa. Les voyageurs eurent une appréhension car une silhouette, squelettique, les attendait dans un jardin dépouillé. C’était l’Arcane sans Nom, souvent appelée la Mort et, cette mort, était tranquille. - Je ne suis pas la fin de la vie dit-elle. Je suis le passage. Les feuilles se décomposent, deviennent humus et l’humus nourrit les fleurs à venir. Ce que tu abandonnes peut devenir une nouvelle naissance.
Étonnamment, les deux voyageurs décidèrent de dormir sur cet épais tapis de feuilles sèches. De toute façon, il était bien trop tard et il faisait bien trop noir pour continuer leur chemin.
A l’aube, à une courte distance de son lit végétal, le Mat reconnu une vertu cardinale, Tempérance. Elle versait l’eau claire d’une coupe dans une autre coupe. Entre deux rochers, elle la faisait circuler. Le jeune voyageur était fasciné par la maîtrise dont elle faisait preuve. Sans les regarder elle leur dit : - La nature enseigne la juste mesure : ni sécheresse, ni débordement, ni avidité, ni renoncement. L’harmonie est une libre circulation.
Bien plus loin, bien plus bas, dans une grotte, le Diable attendait. Il portait l’odeur âcre de la fumée et des terres épuisées. Il promettait la possession des animaux, des arbres et des minerais. - Tout cela peut t’appartenir soufflait-t-il.
Mais, depuis que le Mat avait entamé son périple, le Diable était sa quinzième rencontre, sa quinzième leçon de vie ! Depuis longtemps il avait compris que posséder n’était pas aimer. Il sortit précipitamment de la grotte et là… vit la Maison Dieu frappée par un éclair. Un arbre fendu s’était abattu dans le fracas. Heureusement, dans la lumière révélée par la chute, des pousses vertes apparaissaient de toutes parts. - Certaines certitudes doivent tomber, pensa-t-il, pour que la vie ici-bas retrouve le ciel.
Le ciel qui, justement, s’éclaircissait peu à peu. Agenouillée au bord de la rivière qui serpentait, l’Etoile versait de l’eau sur la terre et dans le courant. La voûte scintillait au-dessus d’elle. - Espère dit-elle aux voyageurs. Chaque soir offert au monde, même modeste, rejoint un jour le grand fleuve de la réparation.
Derrière la ligne des roseaux, la Lune restait visible. Dans sa clarté trouble, les voyageurs aperçurent des écrevisses, des loups lointains et les ombres mouvantes des nuages. - Ne crains pas ce que tu ne comprends pas encore, chuchota-t-elle. La nature parle aussi par les rêves, les marées et les métamorphoses.
Enfin, le Soleil se leva. Eblouissant ! Deux enfants couraient dans un champ de tournesols. Ils riaient sans chercher à capturer la lumière. - Tout sourire, le Mat leur cria : La joie est une forme de connaissance.
Le Mat, arrivé au terme de son chemin, fit face à un cercle immense, formé de branches, de pierres, d’eau et d’oiseaux. Au centre, dansait un personnage accompli, entouré des quatre vivants : l’aigle du ciel, le lion du feu, le taureau de la terre et l’ange du souffle. C’était le Monde.
Pendant son voyage, il avait rencontré, écouté et compris le message de vingt et un Arcanes. Ce n’était pas des images lointaines mais les visages d’une même sagesse, d’une merveilleuse forêt de symboles.
Quant au Mat, il se demandait pourquoi ils n’avaient pas croisé la route du Jugement ? Il savait, pertinemment, qu’on a parfois besoin d’être éveillé pour passer à un état plus juste ou plus vivant.
L’Ange à la trompette était-il en mission sous d’autres horizons ?
C’était décidé : il retournerait dans la forêt où chaque arbre, sans prononcer une parole, lui enseignerait la vie :
- Les racines lui parleraient de mémoire,
- Les branches d’espérance,
- Les feuilles de renouveau,
- Les saisons lui montreraient que le changement fait partie de la vie
- Et le silence lui apprendrait l’essentiel.
Quelle relation entre les Arcanes Majeurs du Tarot de Marseille et la nature ?
L’arbre et l’humain – les quatre éléments – les animaux
En ce qui concerne les cinquante-six Arcanes Mineurs, nous retrouvons aussi les quatre éléments :
Les Bâtons – en relation avec le Feu – les volcans
Les Coupes – en relation avec l’Eau – les sources, les rivières, les mers, les océans. La couleur bleu évoque l’eau, le ciel, le calme, la profondeur.
Les Epées – en relation avec l’Air – le vent. L’air vif, la brume, l’orage, la tornade.
Les Deniers – en relation avec la Terre – les champs, les roches, les forêts, les racines, le tronc d’arbre, les minéraux, la montagne
Le jaune évoque la lumière, le soleil, la fécondité de la Terre.
Exercice – Concernant l’être humain, imaginez un paysage de Coupes et de Deniers, à quoi ressemblerait-il ?
Les Coupes – symboliquement c’est la saison des pluies émotionnelles.
Les Deniers – symboliquement c’est la période de la sédimentation, de l’enracinement.
22 Arcanes Majeurs en lien direct avec la nature
Le Bateleur – l’air, le printemps
La graine, la germination, le potentiel en devenir – le gland du chêne
La Papesse – l’eau, la terre profonde, germination invisible, silence, la gestation
La terre, l’humus, la connaissance secrète conservée dans le sol ou les racines – l’if associé au mystère et à la sagesse ancienne.
L’Impératrice – la terre fertile, la mère nature
La floraison, la fécondité, la croissance, la pollinisation – le pommier et le cerisier pour l’abondance des fruits et la beauté des fleurs.
L’Empereur – le feu, roc, montagne, vieux chêne – la stabilité structurante comme les racines d’un arbre et la solidité de son tronc adulte.
Le Pape – la source.
La transmission, la sève qui circule et qui relie les racines aux branches, la sagesse, le lien entre les générations – le tilleul, arbre de paix.
L’Amoureux – deux arbres ou deux chemins – l’enlacement des racines ou des branches, la pollinisation croisée, le choix, la vigne ou le figuier qui pousse souvent en groupe et symbolise les liens, les choix féconds.
Le Chariot – le cheval lancé sur la route – le torrent.
L’élan, le mouvement, la conquête d’un espace – le peuplier qui pousse vite, dans le vent, toujours en mouvement.
La Justice – la pierre.
L’équilibre écologique, l’ordre naturel, la symétrie d’un arbre sain, le hêtre, équilibré, considéré comme juste et droit dans de nombreuses cultures.
L’Hermite – la grotte, la forêt au crépuscule.
Lenteur, maturation. Le vieil arbre, la mousse, le sablier du temps, l’archétype de l’hiver, du solstice, du temps où la sève descend. Marcheur solitaire, gardien de la nuit, observateur des étoiles. Appel à la retraite, au silence, à l’écoute des cycles naturels en soi – l’olivier, la longévité, la résistance au temps, la sagesse silencieuse.
La Roue de Fortune – les saisons.
Le cycle des saisons, la mue, les feuilles qui tombent et qui repoussent, phases lunaires, recommencements, rien ne demeure, tout se transforme. Nous rappelle que nos hauts et nos bas suivent parfois des rythmes naturels ignorés – l’impermanence. L’érable, le changement visible de la couleur des feuilles au fil des saisons.
Exercice : De quelle saison de vie êtes-vous plus proche en ce moment ? Printemps, été, automne, hiver ?
La Force – le feu de la terre.
L’animal sauvage apprivoisé. Coopération avec l’instinct. La maîtrise douce. La résilience, la capacité à plier sans rompre, l’attachement fort à la terre – le saule, flexible et fort à la fois.
Le Pendu – la branche, la racine ou la graine suspendue.
L’arbre inversé, l’observation différente, l’inversion du regard, l’attente, l’abandon nécessaire, la suspension, le parasite – le gui est une plante qui pousse à l’envers sur les branches de plusieurs arbres différents. (Pin, épicéa, parfois le chêne).
La carte sans nom – les feuilles mortes, la mue.
Le compost, le bois mort, la transformation nécessaire, décomposition, dépouillement – le cyprès lié au cycle de la mort et de la renaissance dans de nombreuses traditions.
Tempérance – l’eau et l’équilibre, la rivière.
La rosée, le ruisseau, la sève qui circule doucement, le mélange, l’équilibre – le saule pleureur lié à l’eau et à l’harmonie des éléments. Sa beauté, ses feuilles trois fois plus longues que larges et qui scintillent au soleil et permettent de le repérer de loin.
Le Diable – la terre sombre, la liane, le feu souterrain.
Les racines profondes, cachées ou les plantes toxiques, l’attachement, le sureau noir souvent associé au mystère et à l’ambiguïté.
La Maison-Dieu – l’éclair ou l’orage.
L’arbre frappé par la foudre, la cassure, le retour à la terre, la libération, l’épicéa ou le pin qui attirent la foudre et symbolisent la rupture soudaine.
L’Etoile – la source d’eau claire, la nuit étoilée.
Les pousses naissantes, l’arrosage doux, l’espoir de croissance, la simplicité, l’abondance offerte – l’aubépine ou le pommier en fleurs.
La Lune – le marécage la nuit.
Les arbres nocturnes, la forêt mystérieuse, la croissance cachée – le saule lié à la Lune et à l’eau.
Le Soleil – la lumière et le champ mur – LE FEU.
L’arbre en plein midi, les fruits mûrs, la photosynthèse à son maximum. Vitalité, chaleur – l’oranger ou le tournesol, bien que pas un arbre, représente le soleil dans toute sa plénitude.
Le Jugement – le printemps après l’hiver, le feu purificateur.
Symbolise le cycle de la mort et de la résurrection. La régénération, la nouvelle verdure après un incendie, la renaissance du printemps.
Le Monde – le chêne centenaire.
L’écosystème complet. L’arbre monde, l’arbre cosmique, toutes les saisons réunies, l’harmonie, la totalité.
Le Mat – le vent, le chemin sauvage.
Le vivant en marche – Le peuplier blanc. Grâce au vent qui va disperser et transporter sur de longues distances ses 48 000 000 graines, le peuplier est une aide précieuse au reboisement après des catastrophes naturelles.
Exercice :
Où en vous le Mat veut-il partir ? Dans quelle forêt intérieure ?
Chaque Arcane du Tarot de Marseille, peut être envisagé comme une étape dans la vie d’un arbre, de la germination à la maturité puis de la décomposition conduisant à une renaissance. Cette connexion, avec les Arcanes Majeurs, donne une dimension organique, et naturelle, à l’interprétation des Arcanes Majeurs dans le cheminement humain car :
Nous observons trois grands cycles :
1/ La germination :
2/ L’enracinement et l’épreuve :
3/ La circulation et la renaissance :
Dominique Barbier
Téléphone : 06.75.27.03.72 / Mail : domibarbier@yahoo.fr / Site : domibarbier.fr